« Si vous pouvez le rêver vous pouvez le faire » disait Walt Disney. Une citation qui prend tout son sens quand on voit le parcours de Matthieu Tordeur. Aventurier, il a multiplié les expériences depuis son plus jeune âge. À vélo, à ski, en 4L, à la voile ou en kayak, Matthieu Tordeur a mené des expéditions dans plus de 90 pays. Mais à cette longue liste s’est ajoutée une expédition à part… un rêve presque inaccessible. Le rêve du “continent blanc”.

Matthieu Tordeur sort son livre "Le Continent blanc"

Il y a 2 ans, nous avions discuté avec Matthieu de l’expédition qu’il préparait. Il était à quelques semaines du départ de sa plus grosse aventure : celle qui allait l’amener à la conquête du Pôle Sud, seul, en autonomie et sans assistance. 1000 kilomètres à parcourir dans un environnement hostile qui ne pardonne pas.

Après de longs mois de préparation, il est parti à la conquête de son rêve de Pôle le 24 Novembre 2018. 51 jours après, il y était (le 13 Janvier 2019, à 16h15 précise). Quelle aventure !

Une expédition réussie qui a changé sa vie. C’est “de loin la plus grosse qu’il ait réalisé jusqu’alors”. Pour immortaliser et partager cette incroyable expérience, Matthieu Tordeur sort son livre « Le Continent Blanc ».

Le récit d'un rêve éveillé

Le livre de Matthieu Tordeur est le récit de son aventure en Antarctique. 252 pages dans lesquelles il raconte ses 51 jours seul en Antarctique en direction du Pôle Sud, mais aussi l’avant et l’après de son aventure.
Nous avons pris beaucoup de plaisir à lire ce livre.
Comme s’il restait une place dans son traineau (déjà bien chargé), au fil des lignes nous avons l’impression de nous y faufiler et de vivre l’aventure à ses côtés. Nous y partageons les hauts et les bas, les moments d’extases comme les moments de doutes. Jusqu’à l’atteinte du graal et du tant rêvé Pôle Sud.
Matthieu a su atteindre son rêve du “Continent blanc”, mais il a aussi su le raconter dans son livre, parut le 5 novembre 2020 aux éditions Robert Laffont.

livre matthieu tordeur
livre matthieu tordeur

Nous en avons profité pour poser quelques questions à Matthieu Tordeur. Sur son aventure, sur son livre, sur son parcours, sur ses projets.

Interview de Matthieu Tordeur : il raconte son livre et son aventure sur "le Continent blanc"

« Si j’ai tenu […] c’est grâce à la force du rêve qui m’animait »Sur la quête de ton rêve du « continent blanc », on a le sentiment que rien ne pouvait t’arrêter ?

Effectivement, j’essayais de me rappeler pourquoi j’étais là et tout ce que j’ai fait pour avoir la chance de tenter cette aventure en Antarctique. Donc rien ne pouvait m’arrêter effectivement, sauf une blessure… C’était vraiment ça qui aurait pu m’empêcher de continuer et me contraindre d’arrêter.

C’était tellement un rêve d’atteindre le Pôle Sud, depuis que j’étais gosse, ça m’a obsédé pendant tant d’années. D’un côté heureusement que ce rêve m’animait de manière aussi forte. C’est aussi ce qui m’a fait tenir face à la difficulté de cette aventure.

En 2018, cette année-là, d’autres aventuriers ont tenté d’atteindre le Pôle Sud mais beaucoup ont abandonné. Ils avaient peut-être un peu moins de gnac et de détermination, ou rêvaient moins fort de cette expédition. Physiquement en tout cas, je n’étais pas meilleur qu’eux.

« Le rêve » t’a porté pendant cette aventure mais il y aussi « la peur du regret » que tu cites à plusieurs reprises. N’est-ce finalement pas ta plus grande peur ?

Oui tout à fait, ça peut paraître un peu curieux de dire ça, je suis jeune, j’ai 28 ans mais je suis assez persuadé que la vie se vit maintenant ! Que ça n’est pas dans 10 ans que je ferai les expéditions de mes rêves. S’il y a un moment pour les faire, c’est maintenant.

Je pense qu’il faut s’entourer des bonnes personnes, se préparer en respectant certaines étapes, mais ça commence aujourd’hui. J’ai pas envie d’attendre pour réaliser les rêves qui me font vibrer. J’ai pas envie dans 30 ans de me dire “j’aurai pu faire ça”. Je préfère essayer de le faire maintenant.

Effectivement si ça ne marche pas, si j’échoue, dans tous les cas j’apprendrai et je m’en servirai pour la suite. Au moins j’aurai tenté et le pire c’est de regretter de ne pas avoir essayé. Quand je vois déjà tout ce que j’ai accompli, je suis quand même fier et je ne regrette pas une seconde de m’être lancé et d’y avoir cru. Cette peur du regret est effectivement un moteur oui !

La vie est courte, si on a l’énergie et la motivation pour se lancer il faut le faire. Il n’y aura jamais de bon moment et on se trouvera toujours des excuses pour ne pas vivre nos rêves. On n’aura jamais suffisamment d’argent, on n’aura jamais suffisamment de temps, on ne sera jamais suffisamment sportif… bref, on aura toujours une excuse pour ne pas faire quelque chose de grand. Donc je prends le truc à l’envers (comme plein de monde) je me dis que c’est maintenant quitte à faire des erreurs mais au moins on essaie. Le plus dur dans tout ça c’est de se lancer. Comme quand on change de job, le plus dur c’est de prendre la décision de changer de job pas d’en trouver un nouveau.

J’éprouve une certaine urgence de vivre. Je suis plus animé par la peur du regret que par la peur de l’échec. Ma plus grande crainte serait de ne pas vivre la vie que je peux mener

citation issue du livre de Matthieu Tordeur

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(crédit photo : Matthieu Tordeur)

En fin de compte, se retrouver seul au milieu de l’Antarctique est-ce une quête ou une fuite ?

Pour moi c’est plus une quête, même si je ne suis pas vraiment aller chercher quelque chose de très précis là bas. En tout cas, toutes mes aventures ne répondent d’aucune fuite. Quand je suis parti faire le tour du monde en 4L ou l’atlantique à la voile, c’est pas parce que je suis mal en France ou que je n’aime pas ma vie urbaine. J’aime autant les départs d’expédition que les retours. C’est toujours un plaisir de revoir les potes, la famille. Donc ça ne répond vraiment d’aucune fuite.

En revanche, c’est vrai qu’il y a une quête. Déjà je voulais vraiment connaître la solitude. Voir ce que ça faisait. C’est vrai que la solitude est devenue assez rare. C’est devenu une sorte de luxe finalement d’avoir autant de temps pour soi et rien que pour soi. Sans rendez-vous, sans téléphone (hormis les communications avec l’agence de logistique). Je trouvais que c’était une belle expérience à vivre dans une vie. C’était donc ça, une quête pour mieux me connaître.

Lors de ton aventure, tu passes par toutes les émotions. À quel moment t’es-tu senti le plus vivant ?

C’est à partir du moment où je lâche un peu prise sur les éléments à un peu plus de mi parcours. Lorsque j’ai réussi à être davantage en communion avec l’environnement que je traversais. J’y avançais de manière plus intégrée, plus efficace. Ça faisait trente jours que j’étais tout seul. Je commençais aussi à mieux appréhender le lieu. J’ai donc pu pleinement ressentir cet environnement, la neige, la glace, le vent, la température.

Au début pour moi tout était blanc et uniforme, et finalement à force d’observer tu y vois des formes, des variations. Tu apprends à mieux voir, mieux regarder, mieux profiter. C’est en fait ce dont je rêvais. Me fondre dans ce paysage et faire parti d’un tout. C’est une sensation incroyable !

Le fait de voir que j’avançais et que mon rêve se rapprochait démultiplié aussi l’intensité de cette aventure. Chaque mètre gagné me rapprochait de mon rêve.

Je cesse de vouloir tout contrôler pour me laisser porter un peu plus par cette nature qui me submerge. Tout n’était qu’un combat au début de l’expédition. Je luttais contre les éléments au lieu de les utiliser

citation issue du livre de Matthieu Tordeur

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(crédit photo : Matthieu Tordeur)

Quel a été le moment le plus difficile ?

Le début a été très très dur. En Antarctique en principe la neige est très compacte et la pulka (le traineau) y glisse facilement. Là ça n’était pas le cas. Il y avait beaucoup de poudreuse du coup le traîneau s’enfonçait dans la neige. J’avançais hyper lentement et physiquement c’était beaucoup d’efforts. Vu que c’était le début de l’aventure, la pulka était remplie (le stock de nourriture était encore presque au max !) donc encore très lourd.

Moralement c’était assez frustrant, on voit les jours passés, on accumule du retard par rapport aux objectifs fixés initialement. C’était pas simple à gérer et à accepter.

Il nous paraît impossible de parler de l’Antarctique sans évoquer son avenir incertain. Cet endroit est aussi beau que fragile. Tu y as d’ailleurs constaté des phénomènes naturels inhabituels ?

Je me place vraiment en position de témoin de tout ça. Je ne suis pas scientifique, je ne suis pas météorologue ou spécialiste de l’environnement. Mais j’ai eu de la chance d’aller dans le désert, d’aller au Groenland, d’aller dans des lieux qui subissent de plein fouet le réchauffement climatique. Mais je n’y vais pas régulièrement donc difficile pour moi d’observer des évolutions ou des dégradations.

Cependant, en Antarctique, ce que j’ai vu c’est que pendant les 3 premières semaines d’expédition il a fait vraiment très chaud. Il a fait moins de 0°C, entre -2 et -10°C mais contre habituellement plutôt -15°C -20 ou -25°C. Il y a donc eu une grosse vague de chaleur en Antarctique de l’Ouest quand j’y étais. Il y avait des masses d’air chaudes au-dessus du continent qui contenaient beaucoup d’humidité. C’est aussi pour ça que j’ai fait face à beaucoup de chutes de neige qu’il n’y avait pas habituellement.

Les spécialistes m’ont aussi expliqué que c’était lié au réchauffement global des océans entourant le continent qui cause une évaporation accrue des eaux qui créent ces masses d’air chaudes et ces températures plus élevées que la norme.
Donc oui, il y a plein de bouleversements constatés là bas, comme en Arctique d’ailleurs.

Une phrase nous a particulièrement marqué, c’est celle-ci : « Je me sens tellement vivant. Mes jours sont plus beaux que mes rêves »Le « continent blanc » était une sorte de rêve éveillé… mais en mieux ? Pensais-tu prononcer ces mots un jour ?

Non c’est vrai que je ne pensais pas prononcer cette phrase un jour (rires)
Je savais que cet environnement polaire serait propice à l’émerveillement. On a tous ces images du père Noël sur la banquise ou de l’ours polaire. C’est très imprégné dans notre imaginaire collectif.
Et quand tu te retrouves au milieu de ce grand désert de glace, que t’es tout seul, c’est tellement intense que ça en devient magique et irréel ! C’est vraiment des sensations que tu ne retrouves pas ailleurs. Même si c’est aussi lié à la durée de l’expédition et à sa difficulté.

C’est une chance insensée de faire ça. Tous ces facteurs te font réaliser que cette expédition est un rêve éveillé !

Je me sens tellement vivant. Mes jours sont plus beaux que mes rêves

citation issue du livre de Matthieu Tordeur

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Matthieu Tordeur au Pôle Sud (crédit photo : Matthieu Tordeur)

Le Matthieu Tordeur qui lisait Tintin gamin* pensait-il devenir « le plus jeune explorateur à rallier le pôle Sud en solitaire, sans assistance ni ravitaillement » ? Qu’a t’il fait pour en arriver là ?

*(voir notre précédente interview)

Non, je suis toujours étonné de voir le parcours que j’ai eu ces dernières années. Tu m’aurais posé la question il y a 4 ans, clairement le Pôle Sud j’en aurais intimement rêvé mais c’était hypothétique.
Quand je lisais Tintin, je rêvais d’aventure, je voulais être journaliste et reporter comme lui. Mais je n’osais même pas rêver de tout ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui. Et encore moins d’aller au Pôle Sud. Ou dans un rêve non avoué… Disons que je n’aurai en tout cas jamais cru faire ça aussi vite. C’est cette succession d’expériences et de rencontres qui a fait que tout ça a été possible.

Pour en arriver là, j’ai toujours beaucoup rêvé. J’ai toujours passé beaucoup de temps à imaginer les projets, à créer des aventures. Et surtout à les réaliser. Ça n’a pas toujours eu l’ampleur de cette expédition au Pôle Sud mais ça été des aventures en kayak, à vélo, ou à pieds. En France, en Europe ou ailleurs. Mais c’est vraiment ce chemin emprunté qui m’a mené à me dire qu’un jour je serai capable de traverser le Pôle Sud.

Ma première expérience était un voyage à vélo. J’avais des copains proches qui s’étaient lancés et je me suis dit “si eux le font pourquoi je ne serai pas capable de le faire à mon tour ?” et ainsi de suite. Je me suis mis un coup de pied au cul. J’ai essayé, ça s’est bien passé. Quand ça se passe bien, tu accumules de la confiance en toi, de l’expérience et tu rêves un peu plus grand pour la prochaine aventure. T’apprends après à travailler avec des sponsors, à faire des images. Bref, tout ça se construit ! Ça se fait petit à petit. J’en suis arrivé là en multipliant les aventures et les expériences.
Et bien sûr pour en arriver là il faut oser se lancer !

Quels sont tes prochains projets ?

Il y a plein de petits projets mais rien d’aussi important que le projet du Pôle Sud pour le moment. Cet été j’étais au Groenland pour rejoindre une expédition et apprendre à faire du ski kite.
Le contexte n’est aussi pas super favorable à se projeter pour voyager. On est un peu dans l’inconnu. Donc bon… j’ai largement de quoi m’occuper, notamment avec la sortie du livre. Pour la suite, on verra bien !

Merci à Matthieu Tordeur pour cette interview et pour le partage de son aventure !

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